
Biron se rendit brusquement compte que le témoin lumineux d’émission n’était pas allumé. Etouffant un juron, il brancha le circuit, mais le témoin resta éteint. L’appareil était détraqué. Finalement Jonti abandonna, et l’écran ne fut plus qu’un petit rectangle vide.
Biron l’éteignit et s’enfouit de nouveau sous les couvertures. Il était furieux. Pour commencer, personne n’avait le droit de le réveiller au milieu de la nuit en hurlant. Il jeta un coup d’œil sur les chiffres luminescents de l’horloge murale. Il était 3 heures un quart. Encore près de quatre heures avant que les lumières ne s’allument dans l’Université.
Par ailleurs, il détestait se réveiller dans une obscurité totale. Depuis quatre ans qu’il vivait sur Terre, il ne s’était toujours pas habitué aux maisons basses, construites en épais béton armé et dépourvues de fenêtres. Cette tradition millénaire datait de l’époque où les hommes n’avaient pas encore découvert les champs de force pour se défendre contre la bombe atomique.
Mais tout cela était du passé. La guerre atomique avait ravagé la Terre, dont la majeure partie était à jamais radioactive et inutilisable. Elle n’avait plus rien à perdre, et pourtant, son architecture reflétait les peurs anciennes.
Biron se souleva de nouveau sur le coude. C’était étrange. Il attendit, retenant sa respiration. Ce n’était toujours pas le murmure menaçant de la chambre qui avait attiré son attention, mais une anomalie encore plus difficile à percevoir et certainement bien plus dangereuse.
Son épiderme ne sentait plus le léger courant d’air auquel il était habitué, signe tangible du constant renouvellement de ce dernier. Dès qu’il en prit conscience, il eut l’impression que l’atmosphère devenait lourde, oppressante. Le système de ventilation était en panne, et il ne pouvait même pas utiliser le visiphone pour le signaler !
Par acquit de conscience, il essaya de nouveau. Le rectangle de lumière laiteuse projeta une lueur nacrée sur le lit. L’appareil recevait, mais se refusait à émettre. Peu importait, d’ailleurs. Personne ne viendrait réparer la panne avant le jour.
