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e Le Ponsart est une fine bouche, disaient le percepteur et le maire qui jalousaient ses dîners tout en les prônant. Dans les premiers temps, ce luxe de la table et cet abonnement à un journal parisien, cher, faillirent outrepasser la dose de parisianisme que Beauchamp était à même de supporter; le notaire manqua d'acquérir la réputation d'un roquentin et d'un prodigue; mais bientôt ses concitoyens reconnurent qu'il était un des leurs, animé des mêmes passions qu'eux, des mêmes haines; le fait est que, tout en gardant le secret professionnel, M
e Le Ponsart encourageait les médisances, se délectait au récit des petits cancans; puis il aimait tant le gain, vantait tant l'épargne, que ses compatriotes s'exaltaient à l'entendre, remués délicieusement jusqu'au fond de leurs moelles par ces théories dont ils raffolaient assez pour les entendre quotidiennement et les juger toujours poignantes et toujours neuves. Au reste, ce sujet était pour eux intarissable; ici, là, partout, l'on ne parlait que de l'argent; dès que l'on prononçait le nom de quelqu'un, on le faisait aussitôt suivre d'une énumération de ses biens, de ceux qu'il possédait, de ceux qu'il pouvait attendre. Les purs provinciaux citaient même les parents morts, narraient des anecdotes autant que possible malveillantes, scrutaient l'origine des fortunes, les pesaient à vingt sous près.
Ah! c'est une grande intelligence doublée d'une grande discrétion! disait l'élite bourgeoise de Beauchamp. Et quel homme distingué! ajoutaient les dames. Quel dommage qu'il ne se prodigue pas davantage! reprenait le chœur, car Me Le Ponsart, malgré les adulations qui l'entouraient,