
Le regard de maman alla d’un écran à l’autre. À la connaissance de Johanna, ils ne pouvaient ni réorienter les caméras ni en mettre de nouvelles en service.
— Cette colline, dit-elle, au-dessus de la forêt. Mais… il m’a semblé voir une horde d’animaux, vers l’ouest, en train de fuir notre torche.
— Oui ! confirma Jefri. Des loups.
Johanna avait entrevu des points noirs en mouvement.
Ils descendaient à présent en vol plané au-dessus de la ligne des collines. Le bruit était douloureusement déchirant, sans fin. Toute conversation était devenue impossible. Ils dérivèrent lentement au-dessus du paysage, en partie pour reconnaître le terrain, en partie pour rester à l’écart de la colonne d’air superchaud qui s’élevait de leur torche.
Le terrain était plus vallonné que rocheux, et l’« herbe » ressemblait plutôt à de la mousse. Mais Arne Olsndot hésitait. La torche principale était conçue pour régulariser la vitesse après un saut interstellaire. Ils pouvaient planer ainsi pendant longtemps, mais ils avaient intérêt, quand ils se poseraient, à ne pas faire d’erreur. Elle avait entendu ses parents en parler à voix basse, pendant que Jefri était occupé dans le compartiment des sarcophages, hors de portée d’oreille. Si le sol était trop gorgé d’eau, l’effet de retour agirait comme un véritable canon à vapeur et pourrait faire un trou dans la coque. Descendre au milieu des arbres offrait quelques avantages douteux. Cela aurait pu amollir leur chute et retarder le contact avec le sol. Mais il était trop tard. L’arrivée était imminente. Et ils voyaient au moins où ils allaient toucher terre.
Trois cents mètres. Papa orienta la queue de la torche en direction du couvert végétal. Le paysage fragile explosa. Une seconde plus tard, le vaisseau oscilla sur une colonne de vapeur. La caméra inférieure rendit l’âme. Il n’y eut pas de rebond. Au bout d’un moment, les trépidations cessèrent. La torche avait brûlé le socle d’eau ou de permafrost qui se trouvait sous elle. L’air de la cabine se réchauffa peu à peu.
