
— Ou bien un antidote. Quoi qu’il en soit, la magnitude est passée à côté de certaines choses et en a mal interprété d’autres. Tant que nous existons, pendant que nous sommes là, nous devons faire tout ce que nous pouvons.
Le fantôme s’étala sur une douzaine de stations de travail et montra à son compagnon une vue d’un ancien tunnel à l’écart des installations humaines. Durant cinq milliards d’années, il avait été abandonné, sans air et sans lumière. Deux humains s’y tenaient dans le noir, leurs casques en contact.
— Vous voyez ? Sjana et Arne conspirent. Nous pouvons faire comme eux.
L’autre ne répondit pas avec des mots. Maussade. Les humains conspiraient, et alors ? Ils se cachaient dans l’ombre, où ils croyaient qu’on ne pouvait pas les épier. Mais tout ce qu’ils disaient parvenait sans nul doute à la magnitude, même la poussière sous leurs chaussures suffisait.
— Je sais, je sais. Mais nous existons, vous et moi, et cela devrait être, également, une impossibilité. Peut-être que, tous ensemble, nous pouvons faire en sorte qu’une impossibilité encore plus grande se réalise. Peut-être avons-nous le pouvoir de contrer le mal qui vient de naître ici.
À la fois un vœu et une décision. Ils nébulisèrent leurs courants de conscience sur l’étendue du réseau local, et prirent la coloration la plus pâle de la concertation. Finalement il en sortit un plan, un stratagème. Sans valeur, sauf à faire parvenir leur idée, séparément, à l’extérieur. Mais en avaient-ils encore le temps ?
Des jours passèrent. Pour la malignité qui grandissait dans les nouvelles machines, chaque heure était plus longue que la totalité du temps écoulé auparavant. Le nouveau-né était maintenant à moins d’une heure de sa floraison, de son grand déploiement à travers les espaces interstellaires.
On allait bientôt pouvoir se passer des humains locaux. Dès à présent, ils représentaient une gêne, même s’ils étaient amusants.
