
Et la Puissance fut à bord, avec quelques millisecondes de marge. Ses agents – pas même d’équivalent humain pour ce matériel primitif – parcoururent à toute vitesse les systèmes automatiques du vaisseau, annulant les programmes, faisant avorter les procédures. Il n’allait plus y avoir de saut. Les caméras, sur la passerelle, montrèrent des yeux écarquillés, des bouches qui s’ouvraient pour hurler. Les humains savaient, dans la mesure où l’horreur peut vivre et se déployer durant une infime fraction de seconde.
Le saut n’aurait pas lieu. Cependant, l’ultrapoussée était déjà engagée. Il y aurait une tentative de saut, vouée à l’échec en l’absence de contrôle automatique. Moins de cinq millisecondes les séparaient de la décharge de saut, procédure mécanique en cascade avec laquelle aucun programme n’aurait su jouer au plus fin. Les agents du nouveau-né se répandaient partout dans les circuits d’ordinateurs du vaisseau, essayant futilement de tout arrêter tandis qu’à un peu moins d’une seconde-lumière de là, sous le fouillis gris du Lab Haut, la Puissance ne pouvait qu’observer passivement. Il en était ainsi. La frégate allait être détruite.
Si lent et pourtant si rapide. Une simple fraction de seconde. Le feu se propagea à partir du cœur de la frégate, supprimant à la fois tout péril et toute possibilité.
À deux cent mille kilomètres de là, le lourd vaisseau de conteneurs fit son propre saut sous ultrapoussée et disparut de leur vue. Le nouveau-né lui avait à peine prêté attention. Quelques humains s’étaient échappés. Et alors ? Grand bien leur fasse l’univers.
Dans les secondes qui suivirent, le nouveau-né ressentit… des émotions ? Des choses à la fois plus fortes et moins fortes que les sensations que pouvait éprouver un humain. À savoir :
