
C’est Lermontoff, né en 1814, mort à la suite d’un duel en 1841. Coïncidence étrange et douloureuse, que deux des plus grands poètes de la Russie, Pouchkine et Lermontoff, soient tombés dans une rencontre!
Ce que cet épouvantable malheur a ravi à la Russie et aux lettres, qui le saura jamais! Lorsqu’on parcourt les œuvres de ce poète, mort à 26 ans, on ne peut s’empêcher d’être affligé en songeant au monument qu’il eût, sans nul doute, élevé durant une longue vie.
Lermontoff écrivait déjà à douze ans, et le charme de ses compositions aurait pu lui valoir, comme à Victor Hugo, le titre d’enfant prodige. Orphelin dès son bas âge, il fut élevé par sa grand’mère et reçut cette instruction distinguée et complète qu’on s’applique à donner aux jeunes gens de famille en Russie. L’étude des langues anciennes, celle des tangues vivantes surtout, l’histoire, la philosophie, les mathématiques, toutes ces différentes branches de l’instruction furent abordées avec des succès rares par le jeune Lermontoff, que l’on destinait à la carrière militaire. Dans ce pays où les privilèges de castes sont encore vivants, la carrière militaire est celle qu’embrassent de préférence les jeunes gens de famille noble.
Lermontoff était petit, avait l’air gauche, les yeux rouges et les pieds assez mal tournés. Il était cependant fort vaniteux, jaloux surtout des succès mondains de ses camarades et il ne pouvait leur pardonner de réussir mieux que lui, se sentant une certaine supériorité intellectuelle; aussi son caractère était-il empreint des inconvénients de ce travers: une susceptibilité outrée, une humeur railleuse et sarcastique devaient lui attirer les querelles et les duels dont le résultat lui fut si fatal.
Il servit d’abord aux porte-enseigne, puis aux hussards de la garde où il mena une vie fort dissipée et composa des poésies érotiques qui, par leur verve et leur facilité, séduisirent tous ceux qui les lurent.
