Mais il y avait autre chose, comme un insecte invisible qui bourdonne dans une chambre calme ; une chose qui refusait de s’en aller, qui ne lui était d’aucune utilité et ne faisait que l’irriter. C’était une phrase, inutile et incongrue, si ancienne qu’il ne savait plus où il l’avait lue ou entendue ; elle tournait sans relâche dans sa tête comme une bille de marbre à l’intérieur d’un vase.

Les Jinmoti de Bozlen Deux tuent les assassins rituels héréditaires de la famille immédiate du nouveau Roi de l’Année en les noyant dans les larmes de l’Empathaure Continental en sa Saison de Tristesse.

Peu après le commencement de son martyre, comme il n’était encore qu’à mi-chemin de la transe, il s’était demandé ce qui arriverait s’il vomissait. C’était au moment où les cuisines du palais – situées quinze ou seize étages plus haut, selon ses estimations – avaient vidé leurs déchets dans le sinueux réseau de canalisations qui débouchait dans la cellule-égout. Ce magma gargouillant avait délogé des reliefs de nourriture putréfiée demeurés là depuis la noyade – dans la fange et l’ordure – de son misérable prédécesseur, et il avait senti son cœur se soulever. Il avait fini par se dire que cela n’aurait aucune incidence sur le moment de sa mort, et y avait puisé une forme de consolation.

Puis, en proie à la futilité nerveuse dont sont parfois victimes ceux qui n’ont d’autre solution qu’attendre alors que leur vie même est menacée, il s’était demandé si, en se mettant à pleurer, il accélérerait la venue de l’instant fatidique. En théorie, cela se tenait ; mais en pratique, c’était parfaitement saugrenu. Ce fut pourtant ce qui provoqua la ronde incessante de cette fameuse phrase dans sa tête.

Les Jinmoti de Bozlen Deux tuent les assassins rituels héréditaires…



10 из 618