être était-ce à cause de son désir d’être « artiste », ce que tous les membres de sa famille considéraient comme le meilleur moyen de tomber dans la marginalité et de mourir dans la misère. Quand il songeait à cet événement – et, soit dit en passant, il y songeait rarement –, il attribuait la véritable folie au médecin qui avait accepté de le placer dans un hospice sans aucun motif concret. (Dans toutes les familles, on a toujours tendance à rejeter la faute sur autrui et à nier catégoriquement que les parents savaient ce qu’ils faisaient en prenant une décision aussi radicale.)

Paulo rit en apprenant que Veronika avait rédigé une étrange lettre pour la presse, se plaignant qu’une revue française, et non des moindres, ne sût même pas où se trouvait la Slovénie.

« Personne ne se tue pour cela.

– C’est pour cette raison que la lettre n’a donné aucun résultat, dit, embarrassée, Veronika, l’amie. Hier encore, quand je me suis inscrite à l’hôtel, ils croyaient que la Slovénie était une ville d’Allemagne. »

Il songea que cette histoire lui était très familière, puisque nombre d’étrangers considéraient la ville de Buenos Aires, en Argentine, comme la capitale du Brésil.

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Mais, outre le fait que des étrangers venaient allégrement le féliciter pour la beauté d’une ville qu’ils croyaient être la capitale de son pays (qui en réalité était localisée dans le pays voisin), Paulo Coelho avait en commun avec Veronika d’avoir été interné dans un asile pour malades mentaux, « d’où il n’aurait jamais dû sortir », ainsi que l’avait déclaré un jour sa première femme.

Pourtant il en était sorti. Et en quittant définitivement la maison de santé du Dr Eiras, bien décidé à ne jamais y retourner, il avait fait deux promesses : il s’était juré d’écrire sur ce thème ; et d’attendre que ses parents soient morts avant d’aborder publiquement le sujet. Il ne voulait pas les blesser, car tous deux avaient passé des années à se culpabiliser pour ce qu’ils avaient fait.



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