
avait laissé sur son lit le dernier numéro du magazine français Homme, qui venait d’arriver à
la bibliothèque où elle travaillait. Bien qu’elle ne s’intéressât pas particulièrement à l’informatique, elle avait trouvé, en feuilletant cette revue, un article concernant un jeu électronique (un CD-Rom, comme on dit) créé par Paulo Coelho. Elle avait eu l’occasion de rencontrer l’écrivain brésilien lors d’une conférence dans les salons de l’hôtel Grand Union. Ils avaient échangé quelques mots et, finalement, elle avait été conviée au dîner que donnait son éditeur. Mais il y avait alors beaucoup d’invités et elle n’avait pu aborder avec lui aucun thème de manière
approfondie.
Cependant, le fait de connaître cet auteur l’incitait à penser qu’il faisait partie de son univers et que la lecture d’un reportage consacré à
son travail pouvait l’aider à passer le temps. Tandis qu’elle attendait la mort, Veronika se mit donc à lire un article sur l’informatique, un sujet auquel elle ne s’intéressait absolument pas. Et c’est bien ainsi qu’elle s’était comportée toute son existence, cherchant toujours la facilité, ou se contentant de ce qui se trouvait à portée de sa main – ce magazine, par exemple.
Pourtant, à sa grande surprise, la première ligne du texte la tira de sa passivité naturelle (les 12
calmants n’étaient pas encore dissous dans son estomac, mais Veronika était passive par nature) et, pour la première fois de sa vie, une phrase qui était très à la mode parmi ses amis lui sembla fondée : « Rien dans ce monde n’arrive par hasard. »
