
– Vous avez vu cependant ce qui est arrivé à Comminges?
– M. de Comminges est aux gardes et non pas aux mousquetaires, répondit d’Artagnan.
– Ce qui veut dire, reprit le cardinal en souriant, que les mousquetaires sont meilleurs soldats que les gardes?
– Chacun a l’amour-propre de son uniforme, Monseigneur.
– Excepté moi, monsieur, reprit Mazarin en souriant, puisque vous voyez que j’ai quitté le mien pour prendre le vôtre.
– Peste, Monseigneur! dit d’Artagnan, c’est de la modestie. Quant à moi, je déclare que, si j’avais celui de Votre Éminence, je m’en contenterais et m’engagerais au besoin à n’en porter jamais d’autre.
– Oui, mais pour sortir ce soir, peut-être n’eût-il pas été très sûr. Bernouin, mon feutre.
Le valet de chambre rentra, rapportant un chapeau d’uniforme à larges bords. Le cardinal s’en coiffa d’une façon assez cavalière, et se retourna vers d’Artagnan:
– Vous avez des chevaux tout sellés dans les écuries, n’est-ce pas?
– Oui, Monseigneur.
– Eh bien! partons.
– Combien Monseigneur veut-il d’hommes?
– Vous avez dit qu’avec quatre hommes, vous vous chargeriez de mettre en fuite cent manants; comme nous pourrions en rencontrer deux cents, prenez-en huit.
– Quand Monseigneur voudra.
– Je vous suis; ou plutôt, reprit le cardinal, non, par ici. Éclairez-nous, Bernouin.
Le valet prit une bougie, le cardinal prit une petite clef dorée sur son bureau, et ayant ouvert la porte d’un escalier secret, il se trouva au bout d’un instant dans la cour du Palais-Royal.
II. Une ronde de nuit
Dix minutes après, la petite troupe sortait par la rue des Bons-Enfants, derrière la salle de spectacle qu’avait bâtie le cardinal de Richelieu pour y faire jouer Mirame, et dans laquelle le cardinal Mazarin, plus amateur de musique que de littérature, venait de faire jouer les premiers opéras qui aient été représentés en France.
