
«Conseil!» criai-je une troisième fois.
Conseil parut.
«Monsieur m’appelle? dit-il en entrant.
– Oui, mon garçon. Prépare-moi, prépare-toi. Nous partons dans deux heures.
– Comme il plaira à monsieur, répondit tranquillement Conseil.
– Pas un instant à perdre. Serre dans ma malle tous mes ustensiles de voyage, des habits, des chemises, des chaussettes, sans compter, mais le plus que tu pourras, et hâte-toi!
– Et les collections de monsieur? fit observer Conseil.
– On s’en occupera plus tard.
– Quoi! les archiotherium, les hyracotherium, les oréodons, les chéropotamus et autres carcasses de monsieur?
– On les gardera à l’hôtel.
– Et le babiroussa vivant de monsieur?
– On le nourrira pendant notre absence. D’ailleurs, je donnerai l’ordre de nous expédier en France notre ménagerie.
– Nous ne retournons donc pas à Paris? demanda Conseil.
– Si… certainement… répondis-je évasivement, mais en faisant un crochet.
– Le crochet qui plaira à monsieur.
– Oh! ce sera peu de chose! Un chemin un peu moins direct, voilà tout. Nous prenons passage sur l’Abraham-Lincoln…
– Comme il conviendra à monsieur, répondit paisiblement Conseil.
– Tu sais, mon ami, il s’agit du monstre… du fameux narwal… Nous allons en purger les mers!… L’auteur d’un ouvrage in-quarto en deux volumes sur les Mystères des grands fonds sous-marins ne peut se dispenser de s’embarquer avec le commandant Farragut. Mission glorieuse, mais… dangereuse aussi! On ne sait pas où l’on va! Ces bêtes-là peuvent être très capricieuses! Mais nous irons quand même! Nous avons un commandant qui n’a pas froid aux yeux!…
