
Mademoiselle Annette m’a dit qu’on n’avait pas effacé la célèbre tête sur la muraille! — pauvre ambition! — cela m’a réjoui… et encore comment! — cette drôle passion de laisser partout des traces de son passage! — une idée d’homme, quelque grande qu’elle soit vaut-elle la peine d’être répetée dans un objet matériel, avec le seui mérite de se faire comprendre à l’âme de quelques’uns; — il faut que les hommes ne soient pas nés pour penser, puis qu’une idée forte et libre est pour eux chose si rare! —
Je me suis proposé pour but de vous enterrer sous mes lettres et mes vers; cela n’est pas bien amical ni même philantropique, mais chacun doit suivre sa destination.
Voici encore des vers, que j’ai faits au bord de la mer:
— Adieu donc, adieu — je ne me porte pas bien: un songe heureux, un songe divin m’a gâté la journée… je ne puis ni parler, ni lire, ni écrire — chose étrange que les songes! une doublure de la vie, qui souvent est plus agréable que la réalité… car je ne partage pas du tout l’avis de ceux qui disent que la vie n’est qu’un songe; je sens bien fortement sa réalité, son vide engageant! — je ne pourrai jamais m’en détacher assez pour la mépriser de bon cœur; car ma vie — c’est moi, moi, qui vous parle, — et qui dans un moment peut devenir rien, un nom, c’est à dire encore rien. — Dieu sait, si après la vie, le moi existera! C’est terrible, quand on pense qu’il peut arriver un jour, où je ne pourrai pas dire: moi! — à cette idée l’univers n’est qu’un morceau de boue. —
