Mais parlons d’autres choses; — vous me dites que le Prince T. et votre sœur son épouse se trouvent fort contents l’un de l’autre; je n’y ajoute pas une foi entière, car je crois connaître le caractère de tous les deux, et votre sœur ne paraît pas très disposée à la soumission, et il paraît que monsieur n’est pas non plus un agneau! — Je souhaite que ce calme factice dure le plus longtemps possible — mais je ne saurai prédire rien de bon. — Ce n’est pas que je vous trouve un manque de pénétration; mais je crois plutôt, que vous n’avez pas voulu me dire tout ce que vous pensiez; et c’est très naturel; car maintenant si mes suppositions sont vraies, vous n’avez pas même besoin de dire: oui. — Que faites vous à la campagne? vos voisins sont-ils amusants, aimables, nombreux? voici des questions qui vous auront l’air d’être faites sans aucune intention sérieuse!

Dans un an, peut-être, je viendrai vous voir; et quels changements ne trouverai-je pas? — me reconnaîtrez-vous, et voudrez-vous le faire? — Et moi, quel rôle jouerai-je? sera-ce un moment de plaisir, pour vous, ou d’embarras pour nous deux? car je vous avertis, que je ne suis plus le même, que je ne sens plus, que je ne parle plus de la même manière, et dieu sait ce que je deviendrai encore dans un an; — ma vie jusqu’ici n’a été qu’une suite de désappointements, qui me font rire maintenant, rire de moi et des autres; je n’ai fait qu’effleurer tous les plaisirs, et sans en avoir joui, j’en suis dégoûté.

— Mais ceci est un sujet bien triste que je tâcherai de ne pas ramener une autre fois; lorsque vous serez à Moscou annoncez le moi, chère amie… — je compte sur votre constance;

adieu;

M. Ler…

P. S. Mes compliments à ma cousine, si vous lui écrivez, car je suis trop paresseux pour le faire moi-même.

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