
Les avions étaient partis. Il sentit ses lèvres qui bougeaient, effleurant le micro du téléphone. « Service des urgences. » Un lamentable chuchotement.
Il avait l’impression que les étoiles avaient été pulvérisées par le fracas des avions noirs et qu’au matin la terre serait recouverte de leur poussière comme d’une neige étrange. Telle fut l’absurde réflexion qu’il se fit, debout dans l’obscurité, parcouru de frissons, tandis que ses lèvres continuaient de remuer.
Ils avaient ce fameux appareil. Ils en avaient deux, en fait.
L’un se glissait dans votre estomac comme un cobra noir au fond d’un puits vibrant d’échos à la recherche de tout ce qui y stagnait d’ancien, eau et temps. Il aspirait la substance verte qui affluait au sommet en un lent bouillonnement. Buvait-il les ténèbres ? Pompait-il tous les poisons accumulés au cours des années ? Il se repaissait en silence, laissant parfois échapper un bruit de suffocation en sa recherche aveugle. Il possédait un Œil.
L’opérateur impersonnel de la machine pouvait, grâce à un casque optique, regarder jusque dans l’âme du patient qu’il vampirisait de la sorte. Que voyait l’Œil ?
L’homme ne le disait pas. Il voyait sans voir ce que voyait l’Œil. L’opération n’était pas sans ressembler à des travaux d’excavation dans un jardin. La femme sur le lit n’était rien de plus qu’une strate de marbre dur qu’ils avaient atteinte. Allez, continuons quand même, forons plus avant, aspirons le vide, si tant est que celui-ci puisse céder aux pulsations du serpent glouton. Debout, l’opérateur fumait une cigarette.
L’autre appareil accomplissait également son office.
