
Une voix de majorité, et elle sera contestée !
Qu’est devenue l’union sacrée ?
Un député radical-socialiste lance : « Vous n’avez plus qu’à vous retirer ! »
Reynaud n’y songe pas. Mais il cède à Daladier qui, refusant que de Gaulle soit nommé secrétaire du Comité de guerre, s’est écrié : « Si de Gaulle vient ici, je quitterai ce bureau, je descendrai l’escalier et je téléphonerai à Paul Reynaud qu’il le mette à ma place. »
De Gaulle regagne Wangenbourg et ses bataillons de chars dans l’attente que soit constituée – on lui a promis qu’elle le serait au 15 mai – la 4e division blindée, dont il prendra le commandement.
Quant au gouvernement de Paul Reynaud, à peine est-il formé et investi, qu’il apparaît déjà faible et menacé.
Reynaud le sait, mais à soixante-deux ans, il a le sentiment que c’est l’instant du destin, quand un homme rencontre les circonstances qui vont lui permettre de déployer toutes ses qualités.
Il se reconnaît dans les phrases soufflées par ce colonel de Gaulle qu’il soutient depuis tant d’années déjà.
Reynaud a martelé devant les députés non pas un programme précis mais une posture patriotique et morale.
« Susciter, rassembler, diriger toutes les énergies françaises pour combattre et pour vaincre, écraser la trahison d’où qu’elle vienne », telle est la définition de sa politique.
Il pourchassera ainsi les communistes, « la trahison des soviets », qui apportent leur aide aux ennemis de la France.
Le parti communiste a été interdit et ses parlementaires arrêtés.
Mais il doit manœuvrer, accepter comme secrétaire du Comité de guerre Paul Baudouin, gouverneur général de la Banque d’Indochine, dont il n’ignore pas les « penchants pacifistes », l’attirance qu’exercent sur lui les « nouveaux régimes », l’italien, l’allemand, l’espagnol.
Reynaud partage l’analyse de De Gaulle qui constate que « dans tous les partis, dans la presse, dans l’administration, dans les affaires, dans les syndicats, des noyaux très influents sont ouvertement acquis à l’idée de cesser la guerre ».
