
Il lit quelques lignes des correspondances des envoyésspéciaux. Les journalistes rapportent les bons mots de Roosevelt sur la « capricieuselady de Gaulle », Jeanne d’Arc ! Le Président a dit à Churchill :
« J’ai amené le marié – Giraud –, où donc estla mariée ? »
Et comme de Gaulle se faisait attendre, le Président apoursuivi :
« Qui paie la nourriture de De Gaulle ?
— Eh bien, c’est nous, a répondu Churchill.
— Pourquoi ne pas lui couper les vivres ? Ilviendra peut-être », a renchéri Roosevelt.
« La mariée est venue », conclut l’article.
De Gaulle a besoin de se calmer. Il se lève, fume devant lafenêtre. Londres est écrasé sous des nuages bas. Il se sent enfermé dans cetteville. La France Combattante est devenue trop grande pour y demeurer, entravée,calomniée. Car, avec les matières premières et les produits alimentaires venusd’Afrique, elle n’est plus dépendante des crédits de l’Angleterre. Mais on latient pourtant serrée au cou. On veut la contraindre, l’étouffer.
Il convoque son aide de camp. Voilà des jours déjà qu’il ademandé au gouvernement britannique un avion afin de se rendre au Caire. Ilveut inspecter les troupes qui combattent aux côtés de la 8e arméebritannique au sud de la Tunisie. Aucune réponse ? Il faut donc attendre.
Il s’assied, découvre les journaux venus d’Afrique du Nord. Ilspublient les mêmes photos, mais on n’y voit que Giraud ! De Gaulle adisparu des clichés. Effacé de l’Histoire, avec la France Combattante. Voilà l’intention.Il faut alerter tous les compagnons, écrire au général Leclerc et au gouverneur
