Depuis dix mille ans, personne n’y avait trouvé une seule pierre de lumière, mais Thaggoran avait rêvé à trois reprises dans le courant des derniers mois qu’il lui reviendrait d’en ajouter une au petit trésor de la tribu. Il connaissait le pouvoir des rêves et en savait la valeur. C’est pourquoi il passait presque toutes ses journées dans les entrailles de la terre.

Il se trouvait dans le plus profond et le plus froid de tous les tunnels, celui qu’ils appelaient la Grande Glacière. Avançant précautionneusement sur les mains et les genoux, il espérait découvrir avec sa seconde vue des pierres de lumière incrustées dans la paroi quand soudain il perçut un curieux tremblement, de légères pulsations, d’étranges vibrations. La sensation qui parcourut son organe sensoriel dans toute sa longueur, de la base de la colonne vertébrale jusqu’à la pointe, révélait la proximité d’êtres vivants.

Alarmé, Thaggoran cessa d’avancer et demeura parfaitement immobile.

C’était vrai. Il percevait des émanations de vie toutes proches : telle une foreuse, une créature gigantesque perçait la roche. Un être vivant creusait son chemin avec indolence dans les ténèbres glacées des entrailles de la planète.

— Yissou ! murmura Thaggoran en faisant le signe du Protecteur. Emakkis ! poursuivit-il sur le même ton en faisant le signe du Pourvoyeur. Dawinno ! Friit !

Lentement, craintivement, il colla sa joue contre le sol inégal et appuya les coussinets de ses doigts sur la pierre froide, puis il fouilla les profondeurs à l’aide de sa seconde vue tout en faisant décrire un large arc de cercle à son organe sensoriel.

Les sensations, de plus en plus fortes, étaient maintenant indéniables. Thaggoran frissonna. Il tripota nerveusement l’antique amulette qu’il portait en sautoir.

Il y avait bien là-dessous un être vivant.



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