
Il avait d’abord supprimé la viande et tout autre apport protéique, les remplaçant par un brouet clair servi deux fois par jour, avait fermé les deux tiers des cellules sous prétexte qu’elles ne correspondaient plus aux normes d’hygiène, regroupé les détenus, les deks, par cinquante dans des cachots prévus pour dix, coupé l’eau, le magnétic, et enfin, pour donner la touche finale à son œuvre, il avait disséminé des stocks d’armes blanches, poignards, pics, étoiles à six branches, dans divers recoins du pénitencier. Le résultat ne s’était pas fait attendre : les équipes sanitaires avaient retiré et brûlé trente mille cadavres la première année et cinquante mille l’année suivante. Dœq n’avait accueilli dans le même temps que dix mille nouveaux pensionnaires et les conditions étaient à nouveau devenues supportables. Erman Flom avait alors fait condamner d’autres bâtiments, si bien que les quatre-vingt-cinq mille deks restants se retrouvaient désormais rassemblés dans l’enceinte de la prison originelle, séparés de l’extérieur par une quadruple rangée de murs qui rendaient toute évasion impossible. Ils s’entassaient dans les anciennes cellules qui se transformaient en fours pendant les treize cycles d’été de Vox et en chambres de congélation durant les deux cycles d’hiver. Privés d’eau, hormis un jour par semaine où elle s’écoulait en filet minuscule de l’unique robinet de la cellule, ils disposaient, pour satisfaire leurs besoins organiques, de récipients métalliques communs qu’ils vidaient dans un caniveau engorgé. Curieusement, malgré les conditions d’hygiène déplorables, malgré le manque d’espace vital, malgré la multiplication des infections, les deks mouraient rarement de maladie, comme si leur désir de vivre s’enracinait de plus en plus profondément dans la promiscuité, dans la saleté et l’odeur suffocante posée sur le pénitencier tel un couvercle de plomb.