J’aime celui dont l’âme est profonde, même dans la blessure, celui qu’une petite aventure peut faire périr: car ainsi, sans hésitation, il passera le pont.


J’aime celui dont l’âme déborde au point qu’il s’oublie lui-même, et que toutes choses soient en lui: ainsi toutes choses deviendront son déclin.


J’aime celui qui est libre de cœur et d’esprit: ainsi sa tête ne sert que d’entrailles à son cœur, mais son cœur l’entraîne au déclin.


J’aime tous ceux qui sont comme de lourdes gouttes qui tombent une à une du sombre nuage suspendu sur les hommes: elles annoncent l’éclair qui vient, et disparaissent en visionnaires.


Voici, je suis un visionnaire de la foudre, une lourde goutte qui tombe de la nue: mais cette foudre s’appelle le Surhomme.

5.

Quand Zarathoustra eut dit ces mots, il considéra de nouveau le peuple et se tut, puis il dit à son cœur: «Les voilà qui se mettent à rire; ils ne me comprennent point, je ne suis pas la bouche qu’il faut à ces oreilles.


Faut-il d’abord leur briser les oreilles, afin qu’ils apprennent à entendre avec les yeux? Faut-il faire du tapage comme les cymbales et les prédicateurs de carême? Ou n’ont-ils foi que dans les bègues?


Ils ont quelque chose dont ils sont fiers. Comment nomment-ils donc ce dont ils sont fiers? Ils le nomment civilisation, c’est ce qui les distingue des chevriers.


C’est pourquoi ils n’aiment pas, quand on parle d’eux, entendre le mot de «mépris». Je parlerai donc à leur fierté.


Je vais donc leur parler de ce qu’il y a de plus méprisable: je veux dire le dernier homme.»


Et ainsi Zarathoustra se mit à parler au peuple:


Il est temps que l’homme se fixe à lui-même son but. Il est temps que l’homme plante le germe de sa plus haute espérance.



11 из 320