
L’heure où vous dites: «Qu’importe ma vertu! Elle ne m’a pas encore fait délirer. Que je suis fatigué de mon bien et de mon mal! Tout cela est pauvreté, ordure et pitoyable contentement de soi-même.»
L’heure où vous dites: «Qu’importe ma justice! Je ne vois pas que je sois charbon ardent. Mais le juste est charbon ardent!»
L’heure où vous dites: «Qu’importe ma pitié! La pitié n’est-elle pas la croix où l’on cloue celui qui aime les hommes? Mais ma pitié n’est pas une crucifixion.»
Avez-vous déjà parlé ainsi? Avez-vous déjà crié ainsi? Hélas, que ne vous ai-je déjà entendus crier ainsi!
Ce ne sont pas vos péchés – c’est votre contentement qui crie contre le ciel, c’est votre avarice, même dans vos péchés, qui crie contre le ciel!
Où donc est l’éclair qui vous léchera de sa langue? Où est la folie qu’il faudrait vous inoculer?
Voici, je vous enseigne le Surhomme: il est cet éclair, il est cette folie!
Quand Zarathoustra eut parlé ainsi, quelqu’un de la foule s’écria: «Nous avons assez entendu parler du danseur de corde; faites-nous-le voir maintenant!» Et tout le peuple rit de Zarathoustra. Mais le danseur de corde qui croyait que l’on avait parlé de lui se mit à l’ouvrage.
4.
Zarathoustra, cependant, regardait le peuple et s’étonnait. Puis il dit:
L’homme est une corde tendue entre la bête et le Surhomme, – une corde sur l’abîme.
Il est dangereux de passer de l’autre côté, dangereux de rester en route, dangereux de regarder en arrière – frisson et arrêt dangereux.
Ce qu’il y a de grand dans l’homme, c’est qu’il est un pont et non un but: ce que l’on peut aimer en l’homme, c’est qu’il est un passage et un déclin.
J’aime ceux qui ne savent vivre autrement que pour disparaître, car ils passent au delà.
