La licorne et le capricorne

Mon âme et mon corps incertains

Te fuient ô bûcher divin qu'ornent

Des astres des fleurs du matin


Malheur dieu pâle aux yeux d'ivoire

Tes prêtres fous t'ont-ils paré

Tes victimes en robe noire

Ont-elles vainement pleuré

Malheur dieu qu'il ne faut pas croire


Et toi qui me suis en rampant

Dieu de mes dieux morts en automne

Tu mesures combien d'empans

J'ai droit que la terre me donne

O mon ombre ô mon vieux serpent


Au soleil parce que tu l'aimes

Je t'ai menée souviens-t'en bien

Ténébreuse épouse que j'aime

Tu es à moi en n'étant rien

O mon ombre en deuil de moi-même


L'hiver est mort tout enneigé

On a brûlé les ruches blanches

Dans les jardins et les vergers

Les oiseaux chantent sur les branches

Le printemps clair l'Avril léger


Mort d'immortels argyraspides

La neige aux boucliers d'argent

Fuit les dendrophores livides

Du printemps cher aux pauvres gens

Qui resourient les yeux humides


Et moi j'ai le cœur aussi gros

Qu'un cul de dame damascène

O mon amour je t'aimais trop

Et maintenant j'ai trop de peine

Les sept épées hors du fourreau


Sept épées de mélancolie

Sans morfil ô claires douleurs

Sont dans mon cœur et la folie

Veut raisonner pour mon malheur

Comment voulez-vous que j'oublie

Les sept épées

La première est toute d'argent

Et son nom tremblant c'est Pâline

Sa lame un ciel d'hiver neigeant

Son destin sanglant gibeline

Vulcain mourut en la forgeant


La seconde nommée Noubosse

Est un bel arc-en-ciel joyeux

Les dieux s'en servent à leurs noces



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