Mes beaux rêves mort-nés en tranches bien saignantes

Et mes souvenirs faisandés en godiveaux


Or ces pensées mortes depuis des millénaires

Avaient le fade goût des grands mammouths gelés

Les os ou songe-creux venaient des ossuaires

En danse macabre aux plis de mon cervelet


Et tous ces mets criaient des choses nonpareilles

Mais nom de Dieu!

Ventre affamé n'a pas d'oreilles

Et les convives mastiquaient à qui mieux mieux


Ah! nom de Dieu! qu'ont donc crié ces entrecôtes

Ces grands pâtés ces os à moelle et mirotons

Langues de feu où sont-elles mes pentecôtes

Pour mes pensées de tous pays de tous les temps

Chantre

Et l'unique cordeau des trompettes marines

Crépuscule

A Mademoiselle Marie Laurencin


Frôlée par les ombres des morts

Sur l'herbe où le jour s'exténue

L'arlequine s'est mise nue

Et dans l'étang mire son corps


Un charlatan crépusculaire

Vante les tours que l'on va faire

Le ciel sans teinte est constellé

D'astres pâles comme du lait


Sur les tréteaux l'arlequin blême

Salue d'abord les spectateurs

Des sorciers venus de Bohême

Quelques fées et les enchanteurs


Ayant décroché une étoile

Il la manie à bras tendu

Tandis que des pieds un pendu

Sonne en mesure les cymbales


L'aveugle berce un bel enfant

La biche passe avec ses faons

Le nain regarde d'un air triste

Grandir l'arlequin trismégiste

Annie

Sur la côte du Texas

Entre Mobile et Galveston il y a



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