Je n'ai jamais cueilli que la fleur d'aubépine

Aux printemps finissants qui voulaient défleurir

Quand les oiseaux de proie proclamaient leurs rapines

D'agneaux mort-nés et d'enfants-dieux qui vont mourir


Et j'ai vieilli vois-tu pendant ta vie je danse

Mais j'eusse été tôt lasse et l'aubépine en fleurs

Cet avril aurait eu la pauvre confidence

D'un corps de vieille morte en mimant la douleur


Et leurs mains s'élevaient comme un vol de colombes

Clarté sur qui la nuit fondit comme un vautour

Puis Merlin s'en alla vers l'est disant Qu'il monte

Le fils de ma Mémoire égale de l'Amour


Qu'il monte de la fange ou soit une ombre d'homme

Il sera bien mon fils mon ouvrage immortel

Le front nimbé de feu sur le chemin de Rome

Il marchera tout seul en regardant le ciel


La dame qui m'attend se nomme Viviane

Et vienne le printemps des nouvelles douleurs

Couché parmi la marjolaine et les pas-d'âne

Je m'éterniserai sous l'aubépine en fleurs

Saltimbanques

A Louis Dumur


Dans la plaine les baladins

S'éloignent au long des jardins

Devant l'huis des auberges grises

Par les villages sans églises


Et les enfants s'en vont devant

Les autres suivent en rêvant

Chaque arbre fruitier se résigne

Quand de très loin ils lui font signe


Ils ont des poids ronds ou carrés

Des tambours des cerceaux dorés

L'ours et le singe animaux sages

Quêtent des sous sur leur passage

Le larron

CHŒUR


Maraudeur étranger malheureux malhabile

Voleur voleur que ne demandais-tu ces fruits

Mais puisque tu as faim que tu es en exil



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