Cet édredon et nos rêves sont aussi irréels

Quelques-uns de ces émigrants restent ici et se logent

Rue des Rosiers ou rue des Écouffes dans des bouges

Je les ai vus souvent le soir ils prennent l'air dans la rue

Et se déplacent rarement comme les pièces aux échecs

Il y a surtout des Juifs leurs femmes portent perruque

Elles restent assises exsangues au fond des boutiques


Tu es debout devant le zinc d'un bar crapuleux

Tu prends un café à deux sous parmi les malheureux


Tu es la nuit dans un grand restaurant


Ces femmes ne sont pas méchantes elles ont des soucis cependant

Toutes même la plus laide a fait souffrir son amant


Elle est la fille d'un sergent de ville de Jersey


Ses mains que je n'avais pas vues sont dures et gercées


J'ai une pitié immense pour les coutures de son ventre


J'humilie maintenant à une pauvre fille au rire horrible ma bouche


Tu es seul le matin va venir

Les laitiers font tinter leurs bidons dans les rues


La nuit s'éloigne ainsi qu'une belle Métive

C'est Ferdine la fausse ou Léa l'attentive


Et tu bois cet alcool brûlant comme ta vie

Ta vie que tu bois comme une eau-de-vie


Tu marches vers Auteuil tu veux aller chez toi à pied

Dormir parmi tes fétiches d'Océanie et de Guinée

Ils sont des Christ d'une autre forme et d'une autre croyance

Ce sont les Christ inférieurs des obscures espérances


Adieu Adieu


Soleil cou coupé

Le pont Mirabeau

Sous le pont Mirabeau coule la Seine

Et nos amours

Faut-il qu'il m'en souvienne

La joie venait toujours après la peine.


Vienne la nuit sonne l'heure



5 из 59