
«C’est elle, bien sûr», dit le Dodo, en montrant Alice du doigt; et, immédiatement, tous s’attroupèrent autour d’elle, en criant tumultueusement: «Des prix! Des prix!»
Alice ne savait que faire. En désespoir de cause, elle mit la main à la poche, en tira une boîte de dragées (heureusement, l’eau salée n’y avait pas pénétré), et les distribua à la ronde, en guise de prix. Il y en avait exactement une pour chacun.
«Mais il faut qu’elle ait un prix, elle aussi», dit la Souris.
«Bien sûr, approuva le Dodo d’un ton très sérieux. Qu’as-tu encore dans ta poche?» continua-t-il en se tournant vers Alice.
«Rien qu’un dé à coudre», répondit-elle tristement.
«Passe-le-moi», ordonna-t-il.
Une fois de plus, tous se pressèrent autour d’elle, tandis que le Dodo présentait solennellement le dé à Alice, en disant: «Nous te prions de bien vouloir accepter cet élégant dé à coudre;» et, quand il eut achevé ce bref discours, les assistants poussèrent des acclamations.
Alice jugea tout cela parfaitement absurde, mais ils avaient l’air si sérieux qu’elle n’osa pas rire; comme elle ne trouvait rien à répondre, elle se contenta de s’incliner et de prendre le dé, d’un air aussi grave que possible.
Il fallait à présent manger les dragées, ce qui n’alla pas sans beaucoup de bruit et de désordre: en effet, les gros oiseaux se plaignirent de ne pouvoir apprécier le goût des leurs, et les petits s’étranglèrent, si bien qu’on fut obligé de leur tapoter le dos. Cependant, tout finit par s’arranger; ils s’assirent en cercle de nouveau, et prièrent la Souris de leur narrer autre chose.
«Tu m’avais promis, te souviens-tu, dit Alice, de me raconter ton histoire et de m’expliquer pourquoi tu détestes les Ch… et les Ch…», ajouta-t-elle à voix basse, craignant de la froisser une fois de plus.
«Elle est bien longue et bien triste!» s’exclama la Souris en soupirant et en regardant sa queue.
