
«Plus mouillée que jamais, répondit la fillette d’une voix mélancolique: cela n’a pas l’air de me sécher le moins du monde.»
«Dans ce cas, déclara solennellement le Dodo en se levant, je propose que la réunion soit remise à une date ultérieure, et que nous adoptions sans plus tarder des mesures plus énergiques qui soient de nature à…»
«Parle plus simplement! s’exclama l’Aiglon. Je ne comprends pas la moitié de ces grands mots, et, par-dessus le marché, je crois que tu ne comprends pas, toi non plus!» Sur ces mots, il baissa la tête pour dissimuler un sourire; on entendit nettement quelques oiseaux ricaner.
«Ce que j’allais dire, reprit le Dodo d’un ton vexé, c’est que la meilleure chose pour nous sécher serait une course au “Caucus”.»
«Qu’est-ce que c’est qu’une course au “Caucus”?» demanda Alice; non pas qu’elle tînt beaucoup à le savoir, mais le Dodo s’était tu comme s’il estimait que quelqu’un devait prendre la parole, et personne n’avait l’air de vouloir parler.
«Ma foi, répondit-il, la meilleure façon d’expliquer ce que c’est qu’une course au Caucus, c’est de la faire.» (Et, comme vous pourriez avoir envie d’essayer vous-même, un jour d’hiver, je vais vous raconter comment le Dodo procéda.)
D’abord, il traça les limites d’une piste de courses à peu près circulaire («la forme exacte n’a pas d’importance», dit-il); puis tous les membres du groupe se placèrent le long de la piste, au petit bonheur. Il n’y eut pas de: «Un, deux, trois, partez!» Chacun se mit à courir quand il lui plut et s’arrêta de même, si bien qu’il fut assez difficile de savoir à quel moment la course était terminée. Néanmoins, lorsqu’ils eurent couru pendant une demi-heure environ et qu’ils furent tous bien secs de nouveau, le Dodo cria brusquement: «La course est finie!» Sur quoi, ils s’attroupèrent autour de lui en demandant d’une voix haletante: «Mais qui a gagné?»
