Je me demande ce qui a bien pu m’arriver! Au temps où je lisais des contes de fées, je m’imaginais que ce genre de choses n’arrivait jamais, et voilà que je me trouve en plein dedans! On devrait écrire un livre sur moi, cela, oui! Quand je serai grande, j’en écrirai un… Mais je suis assez grande maintenant, ajouta-t-elle d’une voix désolée; en tout cas, ici, je n’ai plus du tout de place pour grandir.»


«Mais alors, pensa Alice, est-ce que j’aurai toujours l’âge que j’ai aujourd’hui? D’un côté ce serait bien réconfortant de ne jamais devenir une vieille femme… mais, d’un autre côté, avoir des leçons à apprendre pendant toute ma vie!… Oh! je n’aimerais pas cela du tout!»


«Ma pauvre Alice, ce que tu peux être sotte! se répondit-elle. Comment pourrais-tu apprendre des leçons ici? C’est tout juste s’il y a assez de place pour toi, et il n’y en a pas du tout pour un livre de classe!»


Elle continua de la sorte pendant un bon moment, tenant une véritable conversation à elle seule, en faisant alternativement les questions et les réponses. Puis, au bout de quelques minutes, elle entendit une voix à l’extérieur de la maison, et se tut pour écouter.


«Marie-Anne! Marie-Anne! disait la voix. Apportez-moi mes gants tout de suite!» Ensuite, Alice entendit un bruit de pas pressés dans l’escalier. Elle comprit que c’était le Lapin qui venait voir ce qu’elle devenait, et elle se mit à trembler au point d’ébranler toute la maison, car elle avait oublié qu’elle était à présent mille fois plus grosse que le Lapin et qu’elle n’avait plus aucune raison d’en avoir peur.


Bientôt le Lapin arriva à la porte et essaya de l’ouvrir; mais, comme elle s’ouvrait vers l’intérieur, et comme le coude de la fillette était fortement appuyé contre le battant, cette tentative échoua. Alice entendit le Lapin qui disait: «Puisque ç’est ainsi, je vais faire le tour et entrer par la fenêtre.»



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