
Comme je vais les déplorer ces momens si courts et si doux! Aline, Aline, croyez-vous donc que je puisse vivre sans les retrouver? Et cependant vous pleurerez… votre âme sera noyée dans la douleur, et je n'en pourrai partager les angoisses!… Qu'il ne se fasse pas au moins, ce cruel hymen… Je regarde ce que vous dites comme un serment qu'il ne se consommera jamais… le barbare, il vous sacrifie… et à quoi?… à son ambition, à son intérêt… et il ose encore trouver des sophismes pour appuyer ses affreux systèmes!… L'amour, dit-il, ne fait pas le bonheur dans les noeuds de l'hymen, et que sont-ils donc ces noeuds, quand l'amour ne les forme pas? Un pacte mercenaire et vil, un trafic honteux de fortunes et de noms, qui n'enchaînant que les personnes, laissent les coeurs à tout le désordre du désespoir et du dépit. Que deviennent alors ces biens qu'on a recherchés? Les ménage-t-on pour des enfans qui ne sont plus que le fruit du hasard ou de l'intérêt? On les dissipe, on les perd plus promptement encore qu'ils ne se sont acquis, et le besoin que chacun des deux a de secouer la chaîne qui le presse, ouvre l'abîme épouvantable qui les engloutit en un jour. Où se trouve donc alors et le profit et le bonheur de ces mariages de convenance, puisque ces mêmes fortunes, qui en ont formé les noeuds, s'anéantissent ou pour les relâcher ou pour les dissoudre?
Mais se flatter de rappeler votre père à des opinions raisonnables, c'est entreprendre de faire remonter un fleuve à sa source. Indépendamment des préjugés de son état, préjugés cruellement odieux sans doute, il a encore ceux (passez-moi le terme) d'une tête étroite et d'un coeur froid, et l'erreur est trop chère à ces sortes de gens pour espérer de les en faire revenir.