
adoucissez-le, Aline, ce terrible et funeste arrêt… Que je puisse vous voir encore un seul jour… une seule heure, hélas! je ne veux que cela pour vivre un an; je recueillerai dans cette heure précieuse, tout ce que mon âme aura besoin de sentimens pour la faire exister des siècles. Mère adorable, souffrez que je vous implore, c'est à vos pieds que cette grâce est demandée… Rappelez cette indulgence si active et si tendre, qui vous caractérise sans cesse; cette bonté, cette humanité qui vous rend si sensible au sort amer de l'infortune. Hélas! vous n'aurez jamais secouru de malheureux dont les maux fussent plus cuisans. Que la nature m'accable de tous ceux qu'elle voudra; mais qu'elle me laisse les yeux d'Aline et son coeur… J'attends votre réponse; je l'attends comme les criminels attendent le coup de la mort. Ah! si je la crains, c'est que je la devine… Mais une heure, Aline,… une seule heure… ou vous ne m'avez jamais aimé… Au moins éloignez cet homme… qu'il n'aille pas avec vous, à la campagne… Je ne vous dis pas de refuser ses noeuds qu'on vous offre avec lui… Non, Aline, je ne vous le dis point; il est de certains cas où la recommandation même est un outrage, et je crois que c'est dans celui-ci. Oui, j'ose être sûr de vous, parce que je vous aime, parce que vous m'avez dit que je ne vous étais pas indifférent, et que vous ne voudriez pas arracher le coeur de votre ami.
LETTRE QUATRIÈME
Aline à Valcour.
9 Juin.
Je vous sais gré de votre résignation, mon ami, quoiqu'elle ne soit pas très-entière; n'importe, n'abusez pas de ce que je vais vous dire, mais ma reconnaissance eût été moindre si vous eussiez obéi de meilleur coeur.