Nous gagnâmes promptement les derrières de la comédie; nous traversâmes le Rhône, et nous enfonçant dans les promenades qui sont sur l'autre rive en face de la ville, nous nous disposions à nous battre, lorsque ne pouvant tenir à l'intérêt puissant que m'inspirait encore cette malheureuse maîtresse, Sainval, dis-je avec la plus grande émotion, je vous satisfais; si le sort est juste, peut-être le serez-vous bientôt davantage: car je suis le coupable, et c'est à moi de périr: mais ne me refusez pas de m'apprendre, avant que nous ne nous séparions pour jamais, la fatale histoire de cette fille respectable… que j'ai trompée, je l'avoue; mais qui ne peut cesser de m'être chère.-Ingrat, me répondit Sainval, elle est morte en t'adorant; elle est morte en suppliant le ciel de ne jamais punir ton crime. Elle avait avoué à mon père la faute où tu sus l'entraîner: il venait de la contraindre à l'ensevelir dans les bras d'un époux… Obsédée par toute une famille, l'infortunée venait d'obéir… Elle n'a pu résister à la violence du sacrifice. Chaque jour, chaque instant l'entraînait à la mort, et elle en a reçu le coup dans mes bras. Depuis cette époque fatale, je n'ai cessé de te chercher par-tout. J'ai suivi tes pas dans cette ville, incertain de t'y rencontrer. Je t'y trouve, presse-toi de me convaincre que tu ne joins pas au moins la lâcheté à la plus barbare séduction.

Nous nous battîmes; le combat fut court: Sainval avait plus de courage que d'adresse, et plus de raison que de bonheur. Il cède sous les premiers coups que je lui porte, et j'ai la douleur de le renverser mort à mes pieds. A peine m'en suis-je convaincu que je m'élance en larmes sur le corps sanglant de ce malheureux jeune homme, dont les traits, dont la voix venaient de me rappeler si douloureusement sa malheureuse soeur.



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