
Non, je n'approuve point tes recherches secrettes sur d'Olbourg, il y a une sorte de trahison, qui ne s'arrange pas avec la franchise de mon âme; je ne veux devoir qu'à moi seul la préférence d'Aline, il serait, ce me semble, humiliant pour moi, de ne triompher que par les vices de mon rival. S'il en a qui puissent faire le malheur d'Aline, sa mère saura les découvrir aussitôt, pour prévenir leur union. Tout sera à sa place alors; elle aura fait ce qu'elle doit, et je n'aurai pas fait ce que je ne dois pas.
Je n'userai point de tes offres pour ce voyage-ci, nos arrangemens sont pris, ma reconnaissance n'en est pas moins la même… Ah! que j'envie ta félicité, mon ami; tu la verras tous les jours… à tout instant tes yeux pourront se fixer sur les siens; tu respireras le même air qu'elle; tu jouiras de ces mêlanges de traits… mêlanges charmans qui viennent se peindre à toutes les heures sur sa délicieuse figure… Car remarque-la bien: un sentiment… un propos… une influence dans l'air… un repas… chacune de ces choses modifie différemment ses traits. Elle n'est jamais jolie à une certaine heure comme elle la devient à l'autre; je n'ai vu de mes jours une physionomie si piquante et si différemment expressive. Je conviens qu'il faut être amant pour étudier, pour saisir toutes ces nuances. Mais mon ami, le coeur y gagne, il n'est pas une seule de ces variations qui ne légitime mille raisons de l'aimer davantage.
Adieu… je te trouble… je dérobe des instans à ta félicité… jouis… jouis, heureux ami… je ne veux point flétrir les roses de l'hymen, par les larmes amères de l'amour malheureux; je ne m'occupe plus que de ton bonheur… Ah! crois qu'il est bien vivement partagé par l'ami le plus sincère que tu possèdes au monde.
LETTRE NEUVIÈME.
