Et ces patineurs glissaient autour d’elle, la rattrapaient, lui parlaient même, et n’en semblaient pas moins s’amuser avec une indépendance d’esprit complète, comme s’il eût suffi à leur bonheur que la glace fût bonne et le temps splendide!


Nicolas Cherbatzky, un cousin de Kitty, vêtu d’une jaquette et de pantalons étroits, était assis sur un banc, les patins aux pieds, lorsqu’il aperçut Levine.


«Ah! s’écria-t-il, le premier patineur de la Russie, le voilà! Es-tu ici depuis longtemps? Mets donc vite tes patins, la glace est excellente.


– Je n’ai pas mes patins,» répondit Levine, étonné qu’on pût parler en présence de Kitty avec cette liberté d’esprit et cette audace, et ne la perdant pas de vue une seconde, quoiqu’il ne la regardât pas. Elle, visiblement craintive sur ses hautes bottines à patins, s’élança vers lui, du coin où elle se tenait, suivie d’un jeune garçon en costume russe qui cherchait à la dépasser en faisant les gestes désespérés d’un patineur maladroit. Kitty ne patinait pas avec sûreté; ses mains avaient quitté le petit manchon suspendu à son cou par un ruban, et se tenaient prêtes à se raccrocher n’importe à quoi; elle regardait Levine, qu’elle venait de reconnaître, et souriait de sa propre peur. Quand elle eut enfin heureusement pris son élan, elle donna un léger coup de talon et glissa jusqu’à son cousin Cherbatzky, s’empara de son bras, et envoya à Levine un salut amical. Jamais dans son imagination elle n’avait été plus charmante.


Il lui suffisait toujours de penser à elle pour évoquer vivement le souvenir de toute sa personne, surtout celui de sa jolie tête blonde, à l’expression enfantine de candeur et de bonté, élégamment posée sur des épaules déjà belles.



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