Levine se leva, ôta son paletot, et, après s’être essayé autour de la petite maison, s’élança sur la glace unie et glissa sans effort, dirigeant à son gré sa course, tantôt rapide, tantôt ralentie. Il s’approcha d’elle avec crainte, mais un sourire de Kitty le rassura encore une fois.


Elle lui donna la main et ils patinèrent côte à côte, augmentant peu à peu la vitesse de leur course; et plus ils glissaient rapidement, plus elle lui serrait la main.


«J’apprendrais bien plus vite avec vous, lui dit-elle, je ne sais pourquoi, j’ai confiance.


– J’ai aussi confiance en moi, quand vous vous appuyez sur mon bras,» répondit-il, et aussitôt il rougit, effrayé. Effectivement, à peine eut-il prononcé ces paroles, que, de même que le soleil se cache derrière un nuage, toute l’amabilité du visage de la jeune fille disparut, et Levine remarqua un jeu de physionomie qu’il connaissait bien, et qui indiquait un effort de sa pensée; une ride se dessina sur le front uni de Kitty.


– Il ne vous arrive rien de désagréable? Du reste, je n’ai pas le droit de le demander, dit-il vivement.


– Pourquoi cela? Non, – répondit-elle froidement; et elle ajouta aussitôt: – Vous n’avez pas encore vu Mlle Linon?


– Pas encore.


– Venez la voir, elle vous aime tant.


– Qu’arrive-t-il? je lui ai fait de la peine! Seigneur, ayez pitié de moi!» pensa Levine tout en courant vers la vieille Française aux petites boucles grises, qui les surveillait de son banc. Elle le reçut comme un vieil ami et lui montra tout son râtelier dans un sourire amical.



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