– Lui? dit-elle avec un sourire ironique… mais il est très heureux.


– Pourquoi nous torturons-nous tous quand tout pourrait s’arranger?


– Cela ne lui convient pas. Oh! que je la connais cette nature, faite de mensonges! Qui donc pourrait, à moins d’être insensible, vivre avec une femme coupable, comme il vit avec moi, lui parler comme il me parle, la tutoyer?»


Et elle imita la manière de dire de son mari: «Toi, ma chère Anna».


«Ce n’est pas un homme, te dis-je: c’est une poupée. Si j’étais à sa place, il y a longtemps que j’aurais déchiré en morceaux une femme comme moi, au lieu de lui dire: «Toi, ma chère Anna»; mais ce n’est pas un homme: c’est une machine ministérielle. Il ne comprend pas qu’il ne m’est plus rien, qu’il est de trop. Non, non, ne parlons pas de lui!


– Tu es injuste, chère amie, dit Wronsky en cherchant à la calmer; mais non, ne parlons plus de lui: parlons de toi, de ta santé; qu’a dit le docteur?»


Elle le regardait avec une gaieté railleuse et aurait volontiers continué à tourner son mari en ridicule, mais il ajouta:


«Tu m’as écrit que tu étais souffrante: cela tient à ton état, je pense? Quand ce sera-t-il?»


Le sourire railleur disparut des lèvres d’Anna et fit place à une expression pleine de tristesse.


«Bientôt, bientôt… Tu dis que notre position est affreuse et qu’il faut en sortir. Si tu savais ce que je donnerais pour pouvoir t’aimer librement! Je ne te fatiguerais plus de ma jalousie; mais bientôt, bientôt, tout changera, et pas comme nous le pensons.»


Elle s’attendrissait sur elle-même, les larmes l’empêchèrent de continuer, et elle posa sa main blanche, dont les bagues brillaient à la lumière de la lampe, sur le bras de Wronsky.


«Je ne comprends pas, dit celui-ci, quoiqu’il comprît fort bien.



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