
Quand tu pénètres dans la taule, à droite, t’as les grands salons de réception, pleins de dorances, de moulures et de fromages. Depuis le Grand Siècle, le monde entier exprime le faste de la même façon conne et pompeuse. Nous traversâmes le hall et gravîmes l’escadrin menant au cœur du pays, c’est-à-dire à ces quelques pièces où se règlent le sort de la France et certains comptes particuliers.
Notre venue courbait les têtes, comme le vent les épis de blé. Le prélat bénissait, d’un sourire à peine esquissé, d’un brin de geste aussitôt avorté, voire d’un début de regard qui vite se reprenait pour récompenser d’autres échines.
C’était admirable comme dans une superproduction japonaise ; beau parce que silencieux. On sentait passer dans les voiles de l’Elysée le souffle de l’Histoire.
Ma fièvre radinait fissa et pilonnait mes tempes. J’avais comme un rouleau compresseur dans le gosier, en train de concasser des cailloux aigus et brûlants. Chaque fauteuil devant lequel je passais me tentait comme un cul de sommelière
Parvenu dans le sein du saint, il s’assit, soupira, croisa loin ses mains sur son maroquin grand comme la place Vendôme et leva sur moi un regard implorant.
— Maintenant, allez, commissaire. Enquêtez ! Démenez-vous ! Triomphez ! Montrez-vous digne de la confiance que je place en vous.
Je fis une génuflexion, les mots me manquant. Ensuite de quoi, je pris une chaise, étalai mon mouchoir dessus et m’en servis comme d’un escabeau pour examiner les quatre murs de la pièce.
Ces investigations n’ayant rien donné, je partis à l’aventure.
Le monarque ne dort pas volontiers dans son palais. Il aime ses habitudes civiles et leur reste attaché dans la mesure où sa charge le lui permet. Néanmoins, il a sa chambre à l’Elysée et c’est cette dernière que j’examinai en dernier ressort (à boudin) après avoir inspecté toutes les autres.
