— J’ai quarante et deux dixièmes de température, objecté-je.

Il entrouvre un tantisoit ses paupières.

— Il m’est arrivé de tenir des meetings avec davantage de fièvre, mon vieux. Si vous ne le faites pas pour moi, faites-le pour votre pays ! La France avec des trous de mémoire, c’est inconcevable. Trois millions de chômeurs et des absences cérébrales, ça va où, ça ? Et il y a les élections à gagner ! Je suis certain qu’on me joue ce mauvais tour à cause d’elles.

Il se lève et se décide à approcher ma pestiférence. Le Président ramasse courageusement ma main sur le drap.

— Je vais vous faire une confidence, San-Antonio. Justement, cela concerne les élections… J’avais un plan. Moi, vous me connaissez ? C’est dans les pires situations que je puise mon génie. Une partie semble perdue, hop ! je trouve la faille dans laquelle glisser la main pour saisir le fond du sac et le retourner. Un plan fumant, mon cher ! Qui doit les laisser dans leurs starting-blocks, tous ! Il était si somptueux, si imparable que je me relevais la nuit pour en rire à mon aise, loin de tous ces cons. Je mettais mon réveil sur trois heures pour le cas où la nécessité d’une miction nocturne ne m’arracherait pas du lit, et avant que la sonnerie ne cesse, je riais déjà à m’en faire une hernie.

Il saisit son chef de chef à deux mains.

— Figurez-vous que ce plan m’a échappé. J’ai beau ressasser, me concentrer, me stimuler : impossible de le retrouver. Le noir ! Le noir ! Dense, impénétrable… Si l’un de ces pédants rodomontants de l’opposition vient me casser les pieds à Matignon, ce sera faute d’avoir récupéré mon plan.



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