
Le bâton de glace a déjà fondu et Arthur hésite à en prendre un autre.
Mais un sursaut de fierté, ou de courage, l'envahit soudain. Le voilà qui se rapproche de la princesse pour engager une conversation.
L'amour donnerait-il des ailes ?
- Puis-je te poser une question personnelle, Sélénia ?
- Tu peux toujours la poser, je verrai si je la prends ! lui répond la princesse, toujours aussi maligne.
- Tu dois te choisir un mari dans les deux jours mais... en mille ans, tu n'en as pas trouvé un seul qui te convenait ? questionne Arthur.
- Une princesse de mon rang mérite un être exceptionnel, intelligent, courageux, téméraire, bon cuisinier, aimant les enfants... énonce-t-elle avant que son père ne lui coupe la parole.
- Qui fait bien le ménage et la lessive, pendant que madame fait la sieste ! l'interrompt Bétamèche, ravi de casser le bel élan de sa sœur.
- Un être hors du commun, qui comprend sa femme et la protège, même contre la bêtise de certains membres de sa famille ! rétorque Sélénia, son regard noir rivé sur son frère. Et puis Sélénia se met à rêver à voix haute :
- Un homme beau évidemment, mais aussi droit, loyal, ayant le sens du devoir et des responsabilités. Un être infaillible, généreux et lumineux !
Son regard accroche celui d'Arthur. Il est dépité. Chaque adjectif a sonné comme un coup de marteau qu'on lui donnait sur la tête.
- ... Pas l'un de ces faibles qui se saoulent à la moindre occasion ! ajoute la princesse, histoire de l'achever.
- ... Bien sûr... répond Arthur, l'échine courbée sous le poids du malheur.
Comment avait-il pu imaginer une seule seconde qu'il avait une chance ?
Lui, Arthur, du haut de son un mètre trente, réduit à quelques millimètres. Du haut de ses dix ans, qui sonnent comme une seconde dans la vie de Sélénia.
Arthur n'est rien de tout ça. Ni infaillible ni lumineux, et s'il avait à se décrire, il utiliserait plus facilement les adjectifs : petit, bête et moche.
