-  Je parlais de M le maudit, évidemment, dit-elle, plus espiègle que d'habitude.


Arthur se redresse un peu. Il aimerait tellement pouvoir lui parler sans peur, lui dire tout ce qu'il pense, tout ce qu'il ressent, et lui poser les mille et une questions qui lui brûlent les lèvres. À force de les garder, l'une d'elles finit par lui échapper.

-   Quand tu vas devoir choisir ton... mari, comment vas-tu faire la différence entre ceux qui sont là pour tes pouvoirs et ceux qui t'aiment... vraiment ?

Il y a tellement de sincérité dans la voix de ce petit garçon que même une belle princesse prétentieuse ne peut pas y être insensible. Et peut-être pour la première fois, elle daigne le regarder avec un peu de tendresse au fond des yeux. C'est un regard doux et tendre, comme un petit morceau de coton rose, comme une plume, comme les premiers mots d'une chanson d'amour.

Arthur n'ose pas la regarder plus de trois secondes. Il y a des chansons qui enivrent, qui vous font perdre la tête.

Arthur ne veut pas succomber. Pas tout de suite.

Sélénia sourit et s'amuse de la gêne du jeune homme.

-   C'est très facile de distinguer le vrai du faux, de savoir si un prétendant est sincère ou juste attiré par l'appât du gain et du pouvoir. J'ai un test pour ça.

Sélénia a lancé l'hameçon et elle regarde Arthur tourner autour.

-   Quel... quel genre de test ? lâche Arthur, prêt à gober.

-   Un test de confiance. Celui qui prétend aimer sa promise doit être capable de lui faire entièrement confiance. Une confiance aveugle, qu'il doit avoir en elle, autant qu'en lui- même. Et c'est généralement très difficile à faire, pour un homme, lui explique Sélénia, toujours aussi maligne. Son petit poisson a la bouche ouverte et ne demande qu'à gober.

-   Moi, tu peux me faire confiance, Sélénia, répond Arthur, débordant de sincérité, en mordant à l'hameçon.



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