
- Tu as gagné, Arthur, tu peux sortir maintenant ! Papa commence à s'impatienter ! lance le père, en élevant un peu la voix.
On ne sait si c'est en raison de la fatigue ou de l'inquiétude, mais Armand commence à perdre patience. Cela ne change pas grand-chose car la forêt reste muette.
- Si tu sors maintenant, tu auras droit à un paquet entier de marshmallows ! dit-il d'une voix enjôleuse pour rendre son offre plus alléchante. Avec l'autorisation de tout manger, jusqu'à ce que tu aies mal au ventre !
La proposition se veut amusante, mais personne dans la forêt n'a vraiment envie de s'amuser. Toutefois la gourmandise étant tout de même une faiblesse universelle, un animal semble avoir réagi, car deux grandes fougères ont légèrement bougé. L'espoir renaît au fond des yeux du bon papa et un sourire se dessine sur son visage.
- Ah ! C'est ton ventre qui gargouille, hein ! Qui-c'est- qui-veut-un-bon-paquet-de-marshmallows ? dit-il à Arthur, comme s'il avait oublié qu'il n'a plus trois ans.
Apparemment, l'appel du ventre a été efficace car les herbes bougent davantage et son fiston semble s'avancer. La seule chose qui soit un peu inquiétante, c'est un bruit de pas lourds comme la pierre qui se rapproche.
Le père s'étonne. C'est vrai qu'il a le sentiment de ne pas avoir vu son fils depuis une éternité, il a donc pu grandir, mais sûrement pas au point de chausser maintenant du cinquante-deux. Le père s'inquiète un peu plus. Pourvu qu'il ne soit rien arrivé à son charmant bambin et, comme pour conjurer le mauvais sort, il continue de l'appeler de sa voix mielleuse.
