— Ben, moi, fit le frère Plâtrier, j’sais pas trop. Je veux dire, si je me trompe dans mon mélange, je récolte plein de plâtre humide autour des pieds, ça s’arrête là. Mais si on fait une petite erreur de magie, alors des machins horribles sortent des boiseries, à ce qu’on dit, et ils nous en font carrément baver.

— Ouais, mais c’est les mages qui racontent ça, fit remarquer le frère Tourduguet. Personnellement, j’ai jamais pu les piffrer, à vrai dire. Ils tiennent peut-être la bonne affaire et ils veulent pas que les autres en profitent aussi. Suffit d’agiter les bras et de chantonner, en fin de compte. »

Les frères s’absorbèrent dans leurs réflexions. Ça paraissait plausible. S’ils tenaient la bonne affaire, ils n’avaient sûrement pas envie qu’on s’immisce dedans.

Le Grand Maître Suprême estima le moment venu.

« Nous sommes donc d’accord, frères ? Vous êtes prêts à exercer la magie ?

— Oh, si c’est des exercices… dit le frère Plâtrier, soulagé. Moi, ça me gêne pas. Tant qu’on doit pas le faire pour de vrai… »

Le Grand Maître Suprême frappa le livre du poing.

« Je parle de lancer de vrais sortilèges ! De remettre la cité sur de bonnes voies ! D’invoquer un dragon ! » brailla-t-il.

Ils reculèrent d’un pas. Puis le frère Portier demanda : « Et après, si on a ce dragon, le roi légitime va apparaître, comme ça ?

— Oui ! répondit le Grand Maître Suprême.

— Pour moi, c’est évident, fit le frère Tourduguet en manière de soutien. Ça tombe sous le sens. À cause de la destinée et des rouages gnomiques de la providence. »

Il y eut un moment d’hésitation, puis les frères opinèrent en masse du capuchon. Seul le frère Plâtrier avait vaguement l’air mécontent.

« Beeeen, fit-il, il va pas échapper à notre contrôle, hein ?

— Je vous assure, frère Plâtrier, vous pourrez le renvoyer quand il vous plaira, répondit doucereusement le Grand Maître Suprême.



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