Manquant de broncher sous la poussée de Bernie, Max se rétablit de justesse et, noyé sous la trombe d'applaudissements de la salle comble qui s'était levée pour l'accueillir, se dirigea en titubant et suffoquant vers les cinquante-deux dents. Il s'assit devant, le chef brandit sa baguette, le silence se fit aussitôt et voilà, c'est parti, je n'en peux plus. Ce n'est pas une vie. Quoique n'exagérons rien. J'aurais pu encore naître et finir à Manille, vendeur de cigarettes à l'unité, cireur à Bogotâ, plongeur à Decazeville. Allons-y donc puisque on est là, premier mouvement, maestoso, du Concerto n°2 en fa mineur, op.21, de Frédéric Chopin.

2.

Depuis la salle, même depuis le premier rang, personne ne s'imagine que c'est si difficile. Ça paraît même aller de soi.

Et de fait, pour Max, cela va très vite rouler tout seul. Une fois que l'orchestre s'est mis à dévider la longue introduction, il s'est un peu tranquillisé. Puis dès que c'est à lui, dès qu'il est entré dans le mouvement, tout va mieux. Sa peur s'est assoupie au bout de quelques mesures, puis elle s'est évanouie dès la première fausse note – une bonne fausse note, dans un passage véloce, de celles qui se fondent dans la masse et ne comptent pas. Une fois qu'elle est arrivée, Max se sent libéré. Il a maintenant la situation en main, il se promène, il est à son affaire. Chaque demi-ton lui parle, chaque soupir est juste, les suites d'accords se posent comme des oiseaux danseurs, il aimerait bien que ça ne s'arrête plus mais voilà, fin du premier mouvement. Pause. Tout le monde y va de sa petite toux en attendant le suivant, on se racle la gorge, on boute le mucus hors de ses bronches polluées, chacun s'éclaircit comme il peut la colonne d'air et c'est parti pour le deuxième mouvement, larghetto: lent, méditatif, extrêmement exposé, pas question de se tromper, Max ne se trompe pas une fois, tout ça passe comme une lettre à la poste.



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