
3.
Quand Max revint de la salle Pleyel, Alice fit comme si de rien n'était vu qu'elle dormait. Ils occupaient dans le dix-huitième arrondissement, du côté de Château-Rouge, deux étages assez grands pour que chacun d'eux pût y vivre et travailler en toute indépendance, elle en haut lui en bas, sans même se croiser de la journée s'ils n'y tenaient pas.
Max referma silencieusement la porte d'entrée avant de passer dans son studio: un grand piano, un petit bureau et un tout petit frigo comme on en voit dans les chambres d'hôtel, des rayonnages pleins de partition et un divan. C'est là qu'il passait le plus clair de son temps, relié à l'étage du duplex par un téléphone intérieur, isolé du bruit de la rue par deux fenêtres à double vitrage. Comme tout était phoniquement bien isolé, Max pouvait faire autant de bruit qu'il voulait sans risquer de réveiller Alice et, une fois qu'il eut extrait de quoi boire du frigo, il souleva le cylindre du piano. Posant son verre sur l'instrument, il considéra le clavier. Il n'eût pas été mal de reprendre les deux erreurs d'exécution de la soirée, d'isoler ces passages, les étudier, les démonter comme des petites montres, deux petits mécanismes que l'on pourrait remonter ensuite après avoir trouvé la panne, réparé le rouage défectueux pour la prochaine fois. Mais ce concerto, dans le fond, je l'ai vraiment assez vu. Et puis je suis fatigué.
Autant donc aller prendre une douche, repasser dans le studio, récupérer son verre et l'emporter dans sa chambre. Une fois couché, Max repensa quand même à ses deux fautes, au début du premier mouvement et au deuxième tiers du troisième.
