Il fait bon vivre. Un calme rose stagne en moi. J’ai comme une idée que je suis sorti de l’auberge…

Le quartier où je me trouve est tranquille. Il se compose de demeures cossues. Si je le quitte, je tomberai fatalement sur un cordon de police. Les condés savent maintenant que je suis dans Berne et la ville va être passée au peigne fin. Pour une fois qu’ils tiennent un beau crime à sensation, ils ne vont pas le classer dans le tiroir aux vieux bouts de ficelle !

Il est urgent que je profite de la courte accalmie pour me trouver une planque. Seulement, ça n’est possible qu’en théorie. Qu’est-ce qu’une théoplanque ? Un endroit où l’on peut s’installer sans crainte d’être repéré, vous êtes bien d’accord ? Où donc m’installerai-je en étant traqué, en ne pouvant me présenter dans un hôtel ou une pension de famille et en…

Je m’arrête. Les mots « pension de famille » ont griffé au passage mon entendement. Ils évoquent confusément quelque chose au tréfonds de mon être.

J’y suis. C’est dans une pension de famille que loge Mathias. Si je parvenais à le contacter, ce brave ami, sans doute pourrait-il me sauver la mise. C’est un service que moralement il me doit, puisque c’est en garant ses os que je me suis fichu dans le merdier.

Mais comment le contacter ? Je ne sais pas où est sa crèche… J’ignore s’il a le téléphone, et je ne puis m’aventurer dans un bureau de poste pour me rancarder.

Je me creuse le citron avec un ciseau à froid, sans résultat. Toutes ces façades bourgeoises m’impressionnent comme si elles étaient d’abruptes falaises.

— Je me cabre en apercevant la silhouette d’un poulet au bout de la strasse. Fâcheux mouvement. Il a attiré l’attention de l’homme. Et c’est pas un manchot du cervelet. Ce type-là n’a pas de la confiture de framboise à la place du caberlot. A peine vu, je suis repéré, je suis reconnu. Voyez sifflet ! Il en sort de très jolis sons. Un peu aigus pour mon tympan, peut-être, mais qui charmeraient néanmoins une famille de cobras.



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