
— Vous ne devez pas être d’ici, dit l’homme.
— Non, répondis-je. Pourriez-vous m’indiquer où je pourrais manger un morceau ? Parce que la station est encore loin et…
— Le point de restauration le plus proche se trouve là-bas à gauche.
— Je vous remercie, dis-je.
Dans le jardinet ajouré, comme sur les tuiles des toits, il me semblait voir des caractères incompréhensibles. Sans cesser de regarder les hiéroglyphes formés par les barres de fer savamment tordues de la clôture, je fis un pas en arrière, vers le chemin de plastique bombé.
— Mais je ne le vous conseille pas, me dit le petit homme qui s’était lancé à ma poursuite. L’information que l’on y sert n’est pas fraîche.
— Pas fraîche… bon. Mais où peut-on en obtenir de la fraîche ?
— Vous venez certainement de la capitale. Là-bas, bien sûr… Le petit homme agita le bâton et une gerbe d’étincelles fusa dans le jour qui baissait. Ici… Il fit un geste de sa main libre. Essayons quand même.
Une jeune fille mignonne comme tout sortit sur le perron d’une maisonnette. Exactement la poupée que j’avais achetée la veille à ma fille. Mais vivante, celle-là.
— Ol, dit le petit homme. Conduis l’hôte à l’infor central.
— Bien. La voix de la jeune fille résonnait comme une clochette d’argent. Elle dévala allègrement les marches.
Nous marchâmes assez longtemps. Je ne cessai de regarder les maisons aux toits pointus et construites avec un matériau que je ne connaissais pas.
— Qu’est-ce que c’est ? demandai-je en posant un doigt sur le mur d’une bâtisse à un niveau. Si j’avais voulu, j’aurais pu atteindre son sommet de la main.
— De l’inforia fossilisée. On la presse pour en faire des agglomérés, expliqua Ol.
« Elle aussi. Mon Dieu, où suis-je tombé ? Un asile, ça peut se comprendre. Mais toute une ville habitée par des fous ! »
