«Ha, ha! pensai-je, à nous deux maintenant!»


Je pris une pierre, et je cognai de toutes mes forces sur ces défenses, de façon qu’il lui fût absolument impossible de se dégager. Il n’avait qu’à attendre que je décidasse de son sort: j’allai chercher des cordes et un chariot au village voisin, et le rapportai fortement garrotté et vivant à la maison.



Vous avez assurément entendu parler, messieurs, de saint Hubert, le patron des chasseurs et des tireurs, ainsi que du cerf qui lui apparut dans une forêt, portant la sainte croix entre ses cors. Je n’ai jamais manqué de fêter chaque année ce saint en bonne compagnie, et j’ai bien souvent vu son cerf représenté en peinture dans les églises, ainsi que sur la poitrine des chevaliers de l’ordre qui porte son nom; aussi, en mon âme et conscience, sur mon honneur de brave chasseur, je n’oserais pas nier qu’il n’y ait eu autrefois des cerfs coiffés de croix, et même qu’il n’en existe pas encore aujourd’hui. Mais, sans entrer dans cette discussion, permettez-moi de vous raconter ce que j’ai vu de mes propres yeux. Un jour que je n’avais plus de plomb, je donnai, par un hasard inespéré, sur le plus beau cerf du monde. Il s’arrêta et me regarda fixement, comme s’il eût su que ma poire à plombs était vide. Aussitôt je mis dans mon fusil une charge de poudre, et j’y insinuai une poignée de noyaux de cerises, que j’avais aussi vite que possible débarrassés de leur chair. Je lui envoyais le tout sur le front, entre les deux cors. Le coup l’étourdit: il chancela, puis il se remit et disparut. Un ou deux ans après, je repassais dans la même forêt, et voilà, ô surprise! que j’aperçois un magnifique cerf portant entre les cors un superbe cerisier, haut de dix pieds, pour le moins.



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