DON JUAN. – Un beau chevalier! Et à qui, à qui? Sur qui jette-t-il les yeux?


BORACHIO. – Diantre! – Sur Héro, la fille et l’héritière de Léonato.


DON JUAN. – Poulette précoce de mars! Comment l’as-tu appris?


BORACHIO. – Comme on m’avait traité en parfumeur, et que j’étais chargé de sécher une chambre qui sentait le moisi, j’ai vu venir à moi Claudio et le prince se tenant par la main. Leur conférence était sérieuse; je me suis caché derrière la tapisserie; de là je les ai entendus concerter ensemble que le prince demanderait Héro pour lui-même, et qu’après l’avoir obtenue il la céderait au comte Claudio.


DON JUAN. – Venez, venez, suivez-moi; ceci peut devenir un aliment pour ma rancune. Ce jeune parvenu a toute la gloire de ma chute. Si je puis lui nuire en quelque manière, je travaille pour moi en tout sens. Vous êtes deux hommes sûrs: vous me servirez?


CONRAD. – Jusqu’à la mort, seigneur.


DON JUAN. – Allons nous rendre à ce grand souper: leur fête est d’autant plus brillante qu’ils m’ont subjugué. Je voudrais que le cuisinier fût du même avis que moi! – Irons-nous essayer ce qu’il y a à faire?


BORACHIO. – Nous accompagnerons Votre Seigneurie.


(Ils sortent.)


FIN DU PREMIER ACTE.

ACTE DEUXIÈME

SCÈNE I

Une salle du palais de Léonato.

Léonato, Antonio, Héro, Béatrice et autres.


LÉONATO. – Le comte Jean n’était-il pas au souper?


ANTONIO. – Je ne l’ai point vu.


BÉATRICE. – Quel air aigre a ce gentilhomme! Je ne puis jamais le voir sans sentir une heure après des cuissons à l’estomac



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