MARGUERITE. – Je dis tout haut mes prières.


BÉNÉDICK. – Vous m’en plaisez davantage. L’auditoire peut répondre ainsi soit-il.


MARGUERITE. – Veuille le ciel me joindre à un bon danseur!


BÉNÉDICK. – Ainsi soit-il!


MARGUERITE. – Et Dieu veuille l’ôter de ma vue quand la danse sera finie! Répondez, sacristain.


BÉNÉDICK. – Tout est dit; le sacristain a sa réponse.


URSULE. – Je vous connais du reste; vous êtes le seigneur Antonio.


ANTONIO. – En un mot, non.


URSULE. – Je vous reconnais au balancement de votre tête!


ANTONIO. – À dire la vérité, je le contrefais un peu.


URSULE. – Il n’est pas possible de le contrefaire si bien, à moins d’être lui; et voilà sa main sèche

ANTONIO. – En un mot, non.


URSULE. – Bon, bon; croyez-vous que je ne vous reconnaisse pas à votre esprit? Le mérite se peut-il cacher? Allons, chut! vous êtes Antonio; les grâces se trahissent toujours; et voilà tout.


BÉATRICE. – Vous ne voulez pas me dire qui vous a dit cela?


BÉNÉDICK. – Non; vous me pardonnerez ma discrétion.


BÉATRICE. – Ni me dire qui vous êtes?


BÉNÉDICK. – Pas pour le moment.


BÉATRICE. – On a donc prétendu que j’étais dédaigneuse, et que je puisais mon esprit dans les Cent joyeux contes

BÉNÉDICK. Qui est-ce?


BÉATRICE. – Oh! je suis sûr que vous le connaissez bien.


BÉNÉDICK. – Pas du tout, croyez-moi.


BÉATRICE. – Comment, il ne vous a jamais fait rire?


BÉNÉDICK. – De grâce, qui est-ce?


BÉATRICE. – C’est le bouffon du prince, un fou insipide. Tout son talent consiste à débiter d’absurdes médisances. Il n’y a que des libertins qui puissent se plaire en sa compagnie; et encore ce n’est pas son esprit qui le leur rend agréable, mais bien sa méchanceté; il plaît aux hommes et les met en colère. On rit de lui, et on le bâtonne. Je suis sûre qu’il est dans le bal. Oh! je voudrais bien qu’il fût venu m’agacer.



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