HÉRO. – Ma cousine veut parler du seigneur Bénédick de Padoue.


LE MESSAGER. – Oh! il est revenu; et tout aussi plaisant que jamais.


BÉATRICE. – Il mit un jour des affiches

LÉONATO. – En vérité, ma nièce, vous provoquez trop le seigneur Bénédick; mais il est bon pour se défendre, n’en doutez pas.


LE MESSAGER. – Il a bien servi, madame, dans cette campagne.


BÉATRICE. – Vous aviez des vivres gâtés, et il vous a aidé à les consommer. C’est un très-vaillant mangeur; il a un excellent estomac.


LE MESSAGER. – Il est aussi bon soldat, madame.


BÉATRICE. – Bon soldat près d’une dame; mais en face d’un homme, qu’est-il?


LE MESSAGER. – C’est un brave devant un brave, un homme en face d’un homme. Il y a en lui l’étoffe de toutes les vertus honorables.


BÉATRICE. – C’est cela en effet; Bénédick n’est rien moins qu’un homme étoffé

LÉONATO. – Il ne faut pas, monsieur, mal juger de ma nièce. Il règne une espèce de guerre enjouée entre elle et le seigneur Bénédick. Jamais ils ne se rencontrent sans qu’il y ait entre eux quelque escarmouche d’esprit.


BÉATRICE. – Hélas! il ne gagne rien à cela. Dans notre dernier combat, quatre de ses cinq sens s’en allèrent tout éclopés, et maintenant tout l’homme est gouverné par un seul. Pourvu qu’il lui reste assez d’instinct pour se tenir chaudement, laissons-le-lui comme l’unique différence qui le distingue de son cheval: car c’est le seul bien qui lui reste pour avoir quelque droit au nom de créature raisonnable. – Et quel est son compagnon maintenant? car chaque mois il se donne un nouveau frère d’armes.


LE MESSAGER. – Est-il possible?


BÉATRICE. – Très-possible. Il garde ses amitiés comme la forme de son chapeau, qui change à chaque nouveau moule.



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