Si vous ne voulez rien savoir de ces prophètes tourmentés qui voyaient Dieu et qui, à leur insu, étaient parfois habités et menés par le Diable ;

Si vous refusez de connaître ces hérétiques ou ces mécréants qu’on a traqués comme des bêtes sauvages dans les forêts, qu’on a torturés, écorchés vifs, brûlés, crucifiés comme le fut le Christ qu’ils invoquaient,

Alors, détournez le regard.

Mais si vous vous interrogez sur les causes et les circonstances du premier crime, ce fratricide ;

Si vous êtes émus par le sort de ces hommes et de ces femmes, bourreaux d’eux-mêmes, qui avançaient en tâtonnant dans les ténèbres et qui ont vu « le ciel ouvert, et un cheval blanc, et celui qui est dessus s’appelle Fidèle et Véritable »,

Alors, comme le dit l’apôtre Jean dans l’Apocalypse, vous êtes « dignes d’ouvrir le livre écrit au-dedans et au dos, et scellé de sept sceaux ».

Vous êtes dignes d’en rompre les sceaux.

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Moi qui vous parle, mon nom est Di Pasquale.

Je suis commissaire de police principal à Paris, rattaché directement au ministre de l’Intérieur.

Il y a quelques mois, j’avais reçu mission d’enquêter, en collaboration avec la police grecque, sur la mort de Paul Déméter, un universitaire de quarante-sept ans, titulaire de la chaire d’histoire du christianisme au Collège de France, dont on avait retrouvé le corps sur l’île de Patmos, à quelques pas de la grotte de l’Apocalypse.

Je me suis rendu à Patmos. Je suis entré dans la grotte de l’Apocalypse.

C’est là que l’apôtre Jean, condamné à l’exil par le pouvoir impérial de Rome, avait dicté ses prophéties à son disciple Prochoros.

Dans la grotte, j’ai vu le rocher qui servait de pupitre à Prochoros et j’ai imaginé le scribe attentif à la parole du Maître, écrivant le troisième verset du chapitre premier de l’Apocalypse de Jean :



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