L’été, il recevait pendant plusieurs semaines des étudiants de nationalités différentes.

La police avait répertorié cette dernière année un Grec, un Allemand, une Italienne, une Polonaise, un Espagnol, un Français. Ils ne se quittaient pas, se promenant ensemble, s’asseyant sous les oliviers, parlant à voix basse, parfois toute la nuit. Ils n’étaient jamais allés en pèlerinage à la grotte de l’Apocalypse, et ne descendaient que rarement au port de Skala. Ils s’y étaient néanmoins rendus pour accueillir un homme vêtu, comme un adolescent, d’un jean et d’une chemise de toile bleue. Mais il ne faisait pas illusion, malgré son chapeau de toile et son sac à dos. Ce septuagénaire était ridé comme une vieille femme, ses cheveux mi-longs encadraient un visage à la peau flasque, aux traits indécis. Sa silhouette était celle d’un homme las, comme affaissé sur lui-même, à l’estomac proéminent et aux membres grêles.

Les étudiants et Paul Déméter, qui l’entouraient de prévenances, portant son sac, l’appelaient Platon et – mais avec affection – « le Vieux ».

J’ai une nouvelle fois irrité Vassilikos en murmurant le nom du « Vieux » : Louis Veraghen.

Les services de l’ambassade de France à Athènes m’avaient communiqué les principaux éléments de son dossier. Il avait séjourné en Palestine, surveillé par les services secrets israéliens. Alertés, les agents français avaient pris le relais. Veraghen était soupçonné d’inspirer des groupes prônant l’action violente et même le terrorisme. Il rédigeait leurs textes, leurs appels à la révolte des « Multitudes ». Veraghen avait créé et dirigé La Cité du Soleil, une revue qui reprenait le nom d’une société idéale imaginée au xvie siècle par le moine dominicain Tommaso Campanella, un fils de paysans calabrais.



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